Puccini et la Messa di Gloria


Giacomo PUCCINI, naît en 1858 à Lucques, en Toscane dans une famille où depuis cent cinquante ans se sont succédé cinq générations de musiciens, organistes et compositeurs d'innombrables messes, psaumes et motets, même si certains ont pu occasionnellement donner dans l'opera seria ou buffa.
Sa voie semble donc toute tracée et, bien qu'au décès de son père en 1864 il soit confié à un de ses oncles qui le trouve peu doué et indiscipliné, il entre en 1872 à l'Instituto Municipal Pacini de Lucques pour y étudier l'orgue et l'harmonie. Il a déjà quelques petites compositions à son actif lorsque, enthousiasmé par une représentation d'Aïda(1) de VERDI à laquelle il a l'occasion d'assister à Pise en 1878, il décide de se consacrer dès lors à l'art lyrique et à la musique profane. Dans l'immédiat toutefois, et le confortant peut-être dans son choix, une cantate patriotique ne connaît aucune réussite, un Vexilla Regis lui vaut dix lires et quelques pâtisseries, seul un Credo et un Plaudite populi, joués à l'occasion de la fête patronale de Saint Paul, recueillent un simple succès d'estime.
Il reprend ces deux dernières oeuvres dans une Missa a quattro voci, oeuvre imposée pour l'examen de sortie de l'Institut, jouée le 12 juillet 1880 en l'église Saint Paul de Lucques et très favorablement accueillie. Titulaire d'une bourse de la reine Marguerite de Savoie, il peut alors entrer au Conservatoire de Milan et se consacrer désormais au genre de musique auquel il se sent destiné, même s'il lui faudra attendre treize années et son troisième opéra pour connaître enfin en 1893, avec Manon Lescaut, la célébrité qui est aujourd'hui encore la sienne.
On ne devait plus parler de son vivant de ce dernier tribut de PUCCINI à la composition sacrée de tradition familiale, mis à part la reprise du thème du Kyrie dans son premier opéra, Edgar, et de celui de l'Agnus Dei dans Manon Lescaut. Seule la quête d'un ecclésiastique américain cherchant matière à une biographie du compositeur(2) permit d'en retrouver les partitions en 1951.
Rebaptisée de façon erronée(3), la désormais Messa di Gloria fut donnée, soixante-douze ans après sa création, en 1952 à Chicago puis à Naples, avec un succès jamais démenti par la suite pour une oeuvre de jeunesse, qui fait la part belle au chœur et dont on a pu dire qu'elle sent davantage le bel canto que la pièce d'église.

1 Donnée pour la première fois au Caire le 24 décembre 1871 dans le cadre des fêtes d'inauguration du canal de Suez, et à Milan le 8 février 1872.
2 Dante del Fiorentino, Immortal Bohemian, an intimate memoir of Giacomo Puccini, Prentice-Hall Inc, New York, 1952.
3 Par analogie peut-être avec la Messa di Gloria de ROSSINI, créée à Naples en 1820, qui ne comporte que le Kyrie et le Gloria, sans Credo, ni Sanctus ni Agnus Dei.

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